Diane — Diane Paris

Interview très spécial de 23questions.co :

 

Nous allons vous présenter une nouvelle marque française, Diane Paris, à un moment très spécial de son histoire : Sa création.

————————————————————————————————

Le projet :

Parlez-nous de votre projet, comment le présenteriez vous ? 

DIANE Paris c’est pour moi l’aboutissement d’une vie de passion pour la mode et le vêtement, le point de rencontre entre mon besoin d’exprimer ma créativité et mon envie de m’engager pour une mode plus responsable, respectueuse de l’humain et de la nature.


La vision de DIANE Paris, c’est de proposer des pièces d’exception, véritables objets d’art, qui ont pour vocation de perdurer et de devenir des pièces héritages. Des pièces qui ont une âme et du style, conçues de manière éthique et responsable, réalisées dans des matières précieuses et des couleurs vibrantes.

Comment vous est venue l'idée de Diane Paris et pourquoi l'avez vous créée maintenant ?

J’ai voulu faire de la mode à partir de l’âge de 8 ans, et déjà à ce moment-là, j’avais le rêve de pouvoir monter un jour ma propre marque. C’est une idée qui ne m’a jamais quittée tout au long de mes études de style, et ensuite durant mes 10 ans de carrière en tant que styliste pour différentes marques de luxe et de prêt-à-porter.

Arrivée à 30 ans, j’ai réalisé que je ne pouvais plus cautionner les pratiques polluantes et le gaspillage que j’avais pu observer un peu partout dans le milieu. J’ai fait le point et j’avais la sensation d’avoir suffisamment d’expérience derrière moi pour pouvoir enfin me lancer, j’ai donc décidé de sauter le pas !

Capture d’écran 2019-10-19 à 11.45.54.pn

La fondatrice :

Qui se cache derrière Diane Paris ?

Je m’appelle Diane Cabasse, j’ai 31 ans, et je suis issue d’une famille qui n’a rien à voir avec le milieu de la mode ! J’ai découvert la couture à 8 ans, lorsque j’ai trouvé des vieux coupons de tissus dans le grenier de mes grands-parents, et qu’on m’a appris à faire une couture droite à la main. Ça a été la révélation: j’ai alors compris que les vêtements que l’on portait tous les jours avaient été conçus et réalisés par des gens, et que c’était un métier! Je n’ai jamais changé d’idée depuis. A partir de là, j’ai tout fait pour réaliser mon rêve.


J’ai intégré l'École de la Chambre Syndicale juste après le lycée. C’était la seule école à laquelle j’avais postulée, car je voulais celle-là, et aucune autre ! J’ai eu de la chance d’être admise :). 

 

Après l’école j’ai travaillé pour plusieurs marques, dans le prêt-à-porter, la lingerie et le luxe, notamment récemment pour la maison Leonard, en collaboration avec Christine Phung.


Mais si il y a quelqu’un que je dois remercier tout particulièrement, c’est Leslie Halfon, qui est actuellement la créatrice de la marque de sandales Arizona Love. C’est elle qui m’a mis le pied à l’étrier à ma sortie de l’école, elle m’a fait confiance et elle m’a formée. Elle m’a véritablement appris à travailler, sa méthode et sa rigueur me servent tous les jours. Et surtout, elle m’a supportée pendant 5 ans ! Rien que pour cela, elle mérite une médaille.

Quelles sont les personnes qui vous inspirent dans la mode ?

C’est toujours une question difficile, car il y a tellement de gens incroyablement créatifs et inspirants !


Je voue une admiration sans borne à Alber Elbaz, je pense que son travail chez Lanvin relevait du pur génie, et je meurs d’envie de le voir reprendre les rênes d’une nouvelle maison et de voir quelles merveilles il peut nous proposer.


J’adore également le travail de Pierpaolo Piccioli chez Valentino, tout est d’une élégance folle sans jamais être ennuyeux, et le travail sur la couleur est toujours magistral ! Pour moi qui suis très attachée à la couleur, j'espère un jour pouvoir faire aussi bien.


Et puis depuis plus récemment, je suis très inspirée par le travail de Stella McCartney, peut être moins au niveau du style qu’en terme d’éthique. Son travail est empreint de toutes ses convictions environnementales, sociales, de son engagement pour la cause animale, et en cela je pense qu’elle est un exemple pour nous tous, créateurs de mode. Elle a réussi à créer une véritable marque de mode internationale qui soit à la fois désirable, et responsable et durable, et elle est un vrai fer de lance qui pousse toutes les autres marques à suivre sa voie. Ce qu’elle fait est exceptionnel, et j’espère qu’à l’avenir ce sera la norme.

Qu’est ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l’entrepreneuriat ?

Pour moi c’est vraiment la suite logique de mon parcours. J’ai orienté toute ma carrière dans le but de pouvoir un jour me lancer, devenir entrepreneure, et exprimer ma créativité au travers de mes propres créations.

 


Etre styliste pour d’autres maisons, c’est une vraie école et un vrai challenge: il faut s’adapter à un univers, à des codes et à des contraintes qui ne sont pas les siens. C’est à la fois passionnant et très frustrant, car si on imprime toujours sa patte à une création, on est jamais libre à 100% de s’exprimer librement.

 

Etre entrepreneure c’est pour moi l’occasion d’enfin travailler avec mes propres contraintes, mon propre cadre que je me serais fixé seule, et surtout l’occasion d’enfin laisser libre court à mon univers.

Capture d’écran 2019-10-19 à 12.21.48.pn

Quel est le conseil qu’on vous ait donné et qui vous est le plus utile aujourd’hui ?

Lors de mon tout premier stage en entreprise, en terminale, j’avais travaillé pour une modiste à Tours. Je lui avais parlé de mon projet de faire l’Ecole de la Chambre Syndicale, et ensuite de travailler en tant que styliste. A l’époque j’étais un peu grande gueule, assez sûre de moi, et elle m’a donné le conseil le plus précieux : “Écoute et apprends. Dans la mode tu vas rencontrer des gens avec des savoir-faires incroyables, des histoires et des parcours professionnels dingues, qui en savent plus long que toi sur tellement de choses. Donc tais-toi, et écoute."


En gros elle m’a dit “Sit down, Be humble”, et franchement, je ne la remercierais jamais assez de m’avoir donné ce conseil qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

La création :

Quel sera votre tout premier produit ?

Pour ma première collection je sors un petit vestiaire d’une vingtaine de pièces, parmi lesquelles il y aura des robes, des blouses, beaucoup de pièces drapées, quelques pièces du soir, et aussi un tailleur pantalon, ainsi qu’un manteau et un blouson.

 

C’est un vestiaire qui s’articule autour de pièces assez sophistiquées, assez fortes visuellement, car mon idée est de créer de pièces d’exception que les femmes auront envie de garder longtemps! Je veux aller à l’encontre de la mode jetable et créer des vêtement que l’on chéri, que l’on associe à des événements ou des émotions, qui nous accompagnent  et qui vivent avec nous, que l’on peut transmettre.

Donc pas de basiques chez moi !

Racontez-nous comment se passe la création d’une robe pour vous ? Quelle étape vous aimez le plus et laquelle est la plus difficile pour vous ?

Evidemment, j’adore toute l’étape du dessin, c’est vraiment le coeur de mon métier!

 

Mais avant de dessiner, il faut s’inspirer, créer des moodboards, des ambiances, imaginer la femme qui portera le vêtement, quel est son style, sa vie, pourquoi est-ce qu’elle porte cette robe? Je passe en général beaucoup de temps sur cette étape. C’est une période qui paraît assez peu productive vue de l’extérieur, car c’est beaucoup de réflexion et d’informations, il faut se tenir au courant de tout, sortir, regarder les gens, leur façon de s’habiller, regarder ce qu’il se passe chez les autres marques également… C’est très enrichissant, à chaque fois on découvre des choses nouvelles.


Et c’est seulement ensuite que je passe toutes ses inspirations au mixeur dans ma tête, pour dessiner un modèle. Et malheureusement c’est un temps très court dans tout le processus de création.

 

Après cela, on passe à la mise au point du modèle en collaboration avec les modélistes, c’est le moment magique où on voit ses idées se concrétiser.


L’étape la plus difficile pour moi c’est de choisir les variantes des modèles, car il faut savoir renoncer ! J’adore la couleur, et j’aimerais pouvoir développer mes pièces dans toutes les couleurs de ma gamme, mais évidemment c’est impossible, pour des raisons de coûts et de cohérence de la collection. Ça n’a pas de sens de développer tout dans tout, il faut donc faire des choix !

Comment choisissez-vous  vos fournisseurs ou partenaires potentiels pour les matières que vous utilisez ?

Certains de mes fournisseurs me suivent depuis quelques années maintenant, et j’ai la chance qu’ils me fassent confiance et m’épaulent. C’est donc vers eux que je me tourne naturellement pour commencer, mais je suis également à la recherche de fournisseurs qui soient engagés dans une démarche éthique et durable. Pour cette première collection, je pense avoir 50% de mes matières issues de sources éco-responsables et éthiques. C’est trop peu à mon goût, et j’espère pouvoir atteindre les 100% d’ici deux ans.

L’offre est encore trop marginale chez les fournisseurs, et même si on sent le vent tourner, pour l’instant c’est difficile d’y accéder sur des petites quantités.

A défaut, je privilégie donc pour l’instant des fournisseurs européens (France, Italie, Portugal et Espagne), ce qui à au moins l’avantage de réduire l’impact carbone du transport des matières.

Capture d’écran 2019-10-20 à 18.25.28.pn

Qu’est ce qu’une semaine classique pour vous durant cette période unique de création d’entreprise ?

Pour l’instant, il n’y a pas vraiment de semaine classique ! Tout est nouveau, il faut partir de zéro et il y a toujours de nouvelles choses à faire et à penser.

 

J’ai la chance d’avoir été sélectionnée par une couveuse d’entreprise, ma semaine jongle donc entre mon travail sur le développement de la marque, la création de la collection et les formations qui me sont offertes par la couveuse.

C’est une aide extrêmement précieuse, cela me permets à la fois d’être encadrée sur toute la partie entreprenariat, et de me former à tous les aspects auxquels je vais être confrontée en temps que cheffe d’entreprise. C’est passionnant, et ça ne me laisse pas le temps de m’ennuyer.

Quels sont les outils indispensables pour vous au quotidien ?

Je ne pensais pas dire ça un jour, mais qu’est ce qu’on ferait sans Excel ?

Quelles sont les spécificités des produits que vous créez ? Quelles sont les différences avec les marques classiques ?

Je dessine des modèles assez sophistiqués, colorés, pour de femmes qui s’assument et qui n’ont pas peur d’attirer l’attention ! Ce n’est pas une mode passe-partout, tout en restant des vêtements portables, car je ne souhaite pas non plus faire de la mode conceptuelle, qui ne correspondrait à la réalité de la vie d’aucune femme.

Je trouve que c’est quelque chose qui manque dans le paysage des marques parisiennes: une marque osée, audacieuse, aux couleurs vibrantes, qui marie l’amour des belles choses et l’éthique.

 

Je conçois mes modèles comme de véritables objets d’art, et c’est en cela que j’espère qu’ils deviendront des pièces phares dans les gardes-robes de mes clientes. J’espère qu’elle les garderont, les chériront et les transmettront, comme moi j’ai pu garder et aimer porter des vêtements de ma mère et de ma grand-mère, parce que c’était de pièces magnifiques, qui par leurs esthétiques uniques dépassent la temporalité des modes.

Côté Business : 

La création d’une nouvelle marque de mode est une vraie aventure. Comment vous en sortez-vous pour les tâches autres que la création en tant que cheffe d’entreprise ?

Pour l’instant toute la partie juridique et comptable est très allégée, dû à mon intégration à la couveuse d’entreprise. J’y suis formée en douceur, afin d’être autonome à la sortie de la couveuse. C’est un vrai soulagement, car c’est vraiment la partie que j’appréhendais le plus.

 

Pour la logistique, la création du site, la communication etc, ce sont des choses que j’ai déjà faites dans mes différentes expériences professionnelles, donc ça ne me stresse pas trop. Et même si je fais quelques erreurs, pour l’instant il n’y a eu aucune catastrophe, et je croise les doigts pour que ça reste comme cela!


Et j’ai été styliste photo en parallèle de mon travail de styliste pendant 7 ans, donc pour la partie photo je ne suis pas inquiète du tout ! J’ai un super réseau de photographes, de maquilleurs, de mannequins, sur qui je peux compter pour faire des choses magnifiques. 

Allez-vous lever des fonds pour le démarrage de votre activité ?

Il va falloir oui ! Je lance la première collection sur mes fonds propres, mais cela ne va pas me permettre de tenir très longtemps. Je vais donc devoir lever des fonds pour pouvoir continuer la deuxième saison.

 

La couveuse d’entreprise est également un soutien précieux à ce niveau là, car tout le principe est de pouvoir tester son activité pendant 8 mois, afin d’avoir quelque chose de concret à présenter à des investisseurs. Je m’y attellerais donc dès février.

Est ce que vous comptez vendre sur internet ou uniquement au sein de boutiques partenaires ?

Oui je souhaite vendre sur internet, à la fois en direct sur mon e-shop, et pourquoi pas également sur des plateformes multi-marques. 
 

Idéalement, je souhaiterais même faire plus de ventes en ligne que dans des magasins, mais nous verrons bien comment cela se présente à l’issue de la première saison.

Qu’est ce qui est pour vous le plus bloquant à ce jour pour la création de votre entreprise, au stade où vous en êtes ?

Pour l’instant c’est difficile à dire, car tout est encore très secret, la première collection n'étant pas encore sortie, je n’ai pas encore rencontré de frein particulier.

 

Je pense qu’à court terme je vais souffrir du manque de visibilité, inévitable quand on part de zéro ! Il faut se battre pour réussir à se faire connaître, et je pense que la communication va me prendre énormément de temps sur tout le reste du travail de création.

 

C’est aussi une partie sur laquelle il faut que je me fasse un peu violence, car j’ai du mal à me mettre en avant. Or c’est difficile de ne pas le faire, surtout pour une marque à laquelle j’ai donné mon prénom ! 

 

Mais bon qui sais? Peut être que je vais me prendre au jeu.

Votre actualité :

Selon votre (super) compte instagram, votre boutique sera en ligne en Janvier 2020, qu’est ce qui vous reste à faire jusqu’à cette date là ?

Merci pour le “super”! :)

 

Alors effectivement la première collection sera en ligne fin janvier, et disponible pour l’instant uniquement en pre-orders ! Ce sera également à ce moment là que je présenterais la collection aux acheteurs des magasins.

Les produits qui seront commandés à ce moment-là partiront en production à la clôture des commandes, vers avril, et seront expédiés quelques mois plus tard, vers fin août, avant l’ouverture officielle du e-shop en septembre.

D’ici là il me reste encore 1000 choses à faire !!! Les modèles sont encore en cours de développement, je dois commander mes matières, finir le site internet, trouver un showroom pour présenter la collection, prospecter les acheteurs des magasins, mettre au point la présentation de la collection… bref! Il y a de quoi faire.

Allons-nous avoir des aperçus de vos créations avant Janvier 2020 ?

J’ai déjà commencé à poster quelques images des essayages des toiles, afin d’exciter un peu la curiosité des gens. Mais pour l’instant je ne peux pas trop en révéler, même si ce n’est pas l’envie qui manque !

Plus les choses avanceront, plus je publierais des petites previews. Donc oui, restez à l'affût, je glisserais des aperçus de temps à autres !

Comment allez-vous communiquer sur votre projet jusqu'à cette date là ?

Je vais surtout poster mes inspirations, que ce soit des looks de gens qui m’inspirent, ou des oeuvres d’art, ou des photos de paysages… Cela m’aide à expliquer mon univers et ce que sera ma marque : quelles sont mes valeurs, mes envies, mes codes esthétiques?

 

J’ai envie de profiter de cette période un peu “creuse” où je n’ai encore aucun produit à montrer pour poser les bases d’un univers de marque solide et identifiable. Et  puis comme je le disais, de temps à autre je posterais quelques images des backstages de la collection.

————————————————————————————————

Diane Paris en bref :

Des livres à nous conseiller ?

Dans les grands classiques : 

     - Anna Karénine, Tolstoï

     - Les hauts de Hurlevent, Emily Brontë

Dans les plus contemporains :

     - Tous les Daniel Pennac

     - Tous les Fred Vargas

     - La trilogie de L’Amie Prodigieuse d’Elena Ferrante

     - La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, Joel Dicker

Pour la fantasy : 

     - La saga de l’Assassin Royal, de Robin Hobb (Mieux que Game of Thrones!)

 

Et complètement inclassables mais extrêmement drôle:

     - J’adore la mode mais c’est tout ce que je déteste, Loïc Prigent

     - IOLO, Les Boloss des Belles Lettres 

Des films sur Netflix à voir absolument ?

Pas vraiment, je ne suis pas très cinéphile, et je suis toute nouvelle sur Netflix ! Je préfère un bon livre ou un bon jeu vidéo :)

Un restaurant à nous conseiller à Paris ?

J’en ai beaucoup ! J'adore aller au resto et je commence à avoir un carnet d’adresses bien remplis, difficile de n’en choisir qu’un.

Je vais dire Gros, qui se trouve Passage de petites Écuries dans le 10ème. Comme son nom ne l’indique pas, c’est très fin, et toujours absolument délicieux.

Votre choix idéal pour les vacances ?

J’adore la Grèce, je trouve que c’est le mix idéal entre farniente, nature magnifique, nourriture délicieuse et visites culturelles incroyables à tous les coins de rue.

Et enfin, une personne que vous souhaiteriez qu'on contacte pour un interview, et pourquoi ?

Emmanuelle Barre, la créatrice de la marque de maroquinerie Ephyre. Elle a lancé sa marque il y a 4 ans, et je trouve son parcours d’entrepreneuse particulièrement intéressant, avec ses hauts et ses bas. Et en plus c’est un amie!