Camille — Second Sew

Comment habiller ses enfants de manière plus responsable ?

 

Rencontre avec Camille, fondatrice de Second Sew, une marque qui propose des vêtements éthiques pour bébés et enfants à partir de tissus revalorisés.

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Parlez-nous de votre projet, comment le présenteriez vous ? 

Second Sew c’est l’histoire de nouvelles vies : celles données aux textiles dont on n’a plus l’usage, à travers des vêtements pour bébés et enfants. C’est également celle que l’on souhaite offrir à la nouvelle génération en leur transmettant certaines valeurs de protection de l’environnement et de l’Homme.


Concrètement Second Sew propose des vêtements upcyclés pour bébés et enfants de 0 à 4 ans. Toutes les pièces proposées sont confectionnées à partir d’anciens draps, rideaux, nappes… et assemblées à la main par des femmes en insertion professionnelle à Calais. Toutes les pièces sont uniques et ont leur propre histoire qui ne demande qu’à se poursuivre avec un enfant.


Second Sew ce sont également des prix accessibles pour rendre la revalorisation textile abordable pour le plus grand nombre, que tous les parents puissent offrir cette alternative à leurs enfants.

Comment vous est venue l'idée de Second Sew et pourquoi l'avez vous créée ?

Second Sew est né de la conjonction de différentes facettes de mon histoire :


- Une grand-mère qui ayant connu la guerre et le manque, ne jetait jamais rien « ça peut toujours servir ! »


- Une mère qui travaillait pour une grande marque de prêt-à-porter française haut de gamme. A la fin de sa carrière, elle était désespérée de voir que ce qui était de belles tenues faites en France, étaient devenues de pâles copies « Made in Thaïland» et pourtant toujours vendues au même prix.


- La chance d’avoir pu beaucoup voyager que ce soit pour le loisir ou pour le travail,
notamment dans des pays en voie de développement. J’ai pu constater directement
l’impact de notre surconsommation occidentale sur l’environnement : des déchetteries à ciel ouvert, des plages qui ont disparu en quelques années, des rivières souillées…


- Un travail en association humanitaire qui m’a encore plus sensibilisée au travail des
femmes, des hommes mais également des enfants dans ses usines textiles.


- Un mari antiquaire et avec qui je partage la passion des brocantes

- Et finalement l’arrivée de ma fille a mis encore plus en exergue mes engagements: je ne souhaitais pas hypothéquer son avenir en l’habillant avec des vêtements qui par définition polluent le monde dans lequel elle va grandir et vivre.

D'où vient le nom de votre marque ?

Cela signifie tout simplement « Deuxième couture », ce qui définit plutôt bien l’upcycling.
J’ai utilisé un terme anglophone car il s’agit de la langue avec laquelle j’ai communiqué pendant plus d’un an et grâce à laquelle j’ai fait de belles rencontres pendant mes voyages.

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Aperçu du site web secondsew.fr

Qui se cache derrière Second Sew ?

J’ai débuté avec un master II en marketing et communication et mes premières expériences professionnelles étaient surtout dans le domaine de la publicité « classique » (télé, radio, print…). J’ai loupé le virage du numérique !


Et après un détour en association humanitaire, j’ai passé un CAP Métier de la Mode –
Vêtement Flou en 2018 en candidate libre après m’être formée avec la Ville de Paris.
Pour le reste, je me forme au quotidien par moi-même ou grâce aux excellentes formations dispensées par la Chambre des Métiers et de l'Artisanat, les Ateliers de Paris, La Ville de Paris et encore plein d’autres acteurs.


Pour être honnête, je n’avais jamais touché à Instagram avant de lancer Second Sew,
j’apprends au jour le jour ! 

Quel(le) créateurs/créatrices vous inspire le plus aujourd’hui dans votre domaine ou en général ?

Ce ne sont pas forcément des créateurs et créatrices qui m’inspirent pour Second Sew mais plus des univers, des ambiances, de vieilles photos…


Les vieux magazines que l’on peut trouver en brocante, les années 50 mais aussi 80.
Mais forcément quand on parle « slow fashion » même si à cette époque cette dénomination n’existait pas, on pense forcément à Margiela.


Il y a d’autres créateurs que j’aime beaucoup également mais qui m’inspirent plus pour moi-même que pour Second Sew, je pense notamment à Azzedine Alaïa dont les robes magnifient le corps de la femme.

Le lancement de Second Sew a dû être une vraie aventure. Qu’est ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l’entrepreneuriat ?

Il s’agit encore de divers « signaux » qui m’ont amenée vers l’entrepreneuriat :


- Une frustration en tant que salariée de ne pas pouvoir exploiter au maximum mes
capacités, d’avoir l’impression d’être cantonnée dans un domaine sans pouvoir en sortir, le manque de polyvalence de mes postes, l’impression d’être « sous-exploitée » aussi bizarre que cela puisse paraître. Une seule de mes expériences professionnelles m’a donnée cette indépendance, cette polyvalence et cette stimulation mais je ne l’ai malheureusement plus jamais retrouvée après.


- Un environnement amical avec de nombreux entrepreneurs dans des domaines aussi divers que l’alimentaire, le sport, la décoration d’intérieur…


- Un mari qui travaille également à son compte et notamment le week-end.


- L’arrivée de ma fille (toujours l’élément déclencheur) : si je voulais pouvoir conjuguer travail et famille, le salariat devenait difficilement une solution envisageable. Je voulais pouvoir organiser mes journées de façon à voir ma fille tout en gérant mon travail en fonction de l’activité, et non pas rester devant un ordinateur de 9h à 18h parce que ce sont les horaires indiqués sur mon contrat de travail et ceci que j’ai du travail par-dessus la tête ou strictement rien à faire.

Avez-vous rencontré des difficultés lors de la création de votre projet, et comment les avez-vous dépassées ?

J’ai créé Second Sew il y a tout juste 1 an et je n’ai pas encore eu à affronter de réelles difficultés simplement parce que j’ai commencé en douceur.
J’ai vraiment souhaité tester le projet sans prendre de risques financiers ou d’autres sortes, j’ai donc fait « avec les moyens du bord ».


L’accueil du public et des professionnels du secteur est très encourageant mais je ne doute pas que de nombreux obstacles se trouvent devant moi et que je vais devoir les surmonter si je souhaite poursuivre l’aventure Second Sew.


RDV dans 2-3 ans pour voir si j’y suis parvenue !

Qu’avez-vous appris de votre aventure entrepreneuriale ?

J’ai appris qu’il s’agit d’une aventure passionnante.


Je n’aurai jamais cru il y a 3 ans être en capacité de montrer ma propre activité et d’avoir le courage de le faire.


Je comprends enfin ce que c’est que d’être passionnée par son travail.


C’est une expérience riche d’enseignements mais également de rencontres. C’est un véritable luxe de pouvoir travailler avec les personnes que l’on choisit.
Jusqu’à maintenant je ne m’étais jamais vraiment sentie à ma place dans mes différents postes : soit parce que clairement je n’étais pas à ma place soit à cause du fameux syndrome de l’imposteur.


Même si ce dernier ne m’a pas complètement quitté, je me sens beaucoup plus en confiance parce que malgré ce que l’on peut imaginer, il y a une grande bienveillance de la part des personnes que l’on croise sur notre chemin quand on développe son activité.


C’est une aventure extrêmement enrichissante : d’un point de vue pédagogique sur tout ce que l’on est amené à apprendre mais également d’un point de vue personnel.


Je ne pourrai que conseiller de se lancer !

Racontez-nous comment se passe la création d’un produit pour vous ? Quelle étape vous aimez le plus et quelle étape est la plus difficile pour vous ?

Je conserve des inspirations en fonction de ce que je vois dans la rue ou chine sur les brocantes et lorsque je souhaite développer un nouveau modèle, je m’inspire de tout ça. Je recherche des coupes adaptées pour les tout-petits mais qui conservent une certaine originalité.


Pour les tissus, quand je vais chiner, je suis généralement attirée par des textiles assez colorés. Je projette le tissu sur tel ou tel modèle ou parfois je ne sais pas du tout ce que je vais en faire mais il me plaît, je le conserve alors jusqu’à trouver l’utilisation parfaite.

Qu’est ce qu’une semaine classique pour vous ?

Mes semaines ne se ressemblent jamais et c’est bien tout l’avantage d’être entrepreneure.
 

Je peux passer une semaine entière à chiner et couper du tissu pour l’envoyer ensuite à l’atelier de confection (je chine et coupe moi-même les tissus avant de les envoyer pour assemblage). Ou bien passer 2 jours en formation et le reste de la semaine à réfléchir à de nouveaux modèles. Ou encore consacrer 1 journée à la recherche de financement, 1 journée aux RDV avec des partenaires, 1 journée en coworking, 1 journée à prendre des photos des nouveautés pour mettre sur le site et 1 journée à préparer un salon.


Le seul impondérable est le week-end que je passe avec ma fille (sauf évènements et salons).

Comme ces sarouels faits à la main et uniques :

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Quels sont les outils que vous utilisez au quotidien et dont vous ne pouvez plus vous passer ?

Pour m’organiser, un agenda My365 hyper pratique pour tout noter, planifier, se mettre des rappels. Et surtout il est Made In France (à Rennes) avec du papier 100% recyclé. Je l’ai découvert il y a 2 ans et je l’ai complètement adopté.


Pour palier à ma mémoire de poisson-rouge, l’application Keep qui me permet de faire des listes que je peux synchroniser sur tous mes supports.


Planoly pour planifier mes publications Instagram.


Et mon matériel de couture forcément !

Quelles sont les spécificités des produits que vous créez ? Quelles sont les différences avec les marques classiques ?

Mes produits sont tous issus de la revalorisation textile. J’utilise exclusivement des anciens textiles dont on n’a plus l’usage tels que des draps, rideaux, nappes, vêtements, fin de rouleaux…pour confectionner des vêtements pour bébés et enfants.


Toutes les pièces sont donc uniques et elles sont assemblées à la main en France par des femmes en insertion professionnelle.
Chaque vêtement a sa propre histoire de part son ancienne fonction, qui ne demande qu’à se poursuivre avec un enfant.

Avez-vous des projets futurs en cours de construction pour secondsew.fr ?

J’ai plein de projets en tête mais j’attends de faire mes preuves sur l’existant avant d’aller plus loin.

Second Sew est tout jeune, cela ne fait qu’un an, il est donc important de ne pas se disperser pour consolider les bases.

Auriez-vous un conseil pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat en général, ou la mode en particulier ? Et y-a-t-il un conseil que vous auriez aimé qu’on vous donne à votre début ?

Mon premier conseil, que je me suis toujours appliquée pour les grandes décisions : se poser la question « Si je ne le fais pas, est-ce que je le regretterai ? ». Si la réponse est oui, « il n’y a plus qu’à ».

 

On a la chance de faire partie d’une génération qui peut plus facilement se lancer dans l’entrepreneuriat.


Il y a des « assurances » : on peut tester son idée en conservant ses droits au chômage et cela n’est pas négligeable. On conserve une certaine sécurité pendant 2 ans, cela laisse le temps de tester son projet. Mais il faut être conscient qu’une entreprise grâce à laquelle on se dégage un salaire suffisant pour vivre au bout de 2 ans, c’est assez rare. Il faut donc se préparer à cette transition.
L’autre conseil que je donnerai c’est d’être (très) bien entouré, c’est indispensable. Si nos proches ne comprennent pas le projet et tout ce que cela implique (beaucoup moins de disponibilité, des gros moments de rush, d’incertitude…) cela peut être extrêmement dur à vivre et de rester motivé.

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Second Sew en bref :

Pour vous, le meilleur restau/café à Paris (ou la ville de votre choix) ?

Il y avait un restaurant dans ma rue quand j’habitais Paris et qui s’appelle Aux Sportifs Réunis/Chez Walzcak. Quand vous passez devant, vous n’imaginez pas un seul instant qu’il s’agit d’un restaurant mais l’endroit est magique : dans son jus depuis les années 50, c’était le RDV de Piaf, Brel ou encore Brassens qui habitait le quartier (le restaurant est d’ailleurs en face du Parc Georges Brassens).


On y va entre amis, plus pour la bonne ambiance que pour la gastronomie mais la convivialité qui y règne vaut largement le déplacement.

Des livres à nous conseiller que vous adorez ?

Quand je voyage à l’étranger, j’aime bien lire des livres qui se rapportent à l’histoire du pays dans lequel je suis.


Je dirai donc Le Palais des Miroirs d’Amitav Ghosh ou encore D’abord, ils ont tué mon père de Loung Ung.

Des films sur Netflix à voir absolument ?

Sans parler de « The True cost », le documentaire « The Great Hack : L’affaire Cambridge Analytica » est très bon.

Et dans les séries, les dernières en date : Mindhunter, Chernobyl ou encore (et dans un tout autre registre) Les Chroniques de San Francisco.

Votre choix idéal pour les vacances ?

Un pays étranger pour le dépaysement et la découverte d’une nouvelle culture. Idéalement en sac à dos ou en tout cas avec une grosse part d’improvisation. De préférence avec une grosse dose de nature et assez reculé des lieux touristiques.


Dans les projets de voyage : Islande, Géorgie ou Ecosse

Et enfin, une personne que vous souhaiteriez qu’on contacte pour un interview et pourquoi ?

Je ne l’ai rencontré qu’une seule fois lors d’un marché de noël à La Recyclerie organisé par "Une Autre Mode est Possible", mais il s’agit de Camille qui a créé la marque MILMA.


Au cœur de son projet, la volonté de redonner une indépendance économique à des femmes au Pérou à travers le travail de la fibre d’alpaga.

Elle propose des créations basiques et extrêmement douces qui sont hyper agréables à porter.


Je suis fan aussi bien des modèles que du projet.

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